Christopher Williams – Fabien Pinaroli

[Hiver 2016]
Christopher Williams, Weimar Lux CDS, VEB Feingerätewerk Weimar / Price 86.50 Mark GDR / Filmempfindlichkeitsbereich 9 bis 45 DIN und 6 bis 25000 ASA / Blendenskala 0,5 bis 45, Zeitskala 1/4000 Sekunde bis 8 Stunden, ca. 1980 / Models: Ellena Borho and Christoph Boland / November 12, 2010, 2010, impression au jet d’encre qualité archives, 56 × 45 cm, avec la permission de la galerie David Zwirner, new york et Londres

Christopher Williams, Weimar Lux CDS, VEB Feingerätewerk Weimar / Price 86.50 Mark GDR / Filmempfindlichkeitsbereich 9 bis 45 DIN und 6 bis 25000 ASA / Blendenskala 0,5 bis 45, Zeitskala 1/4000 Sekunde bis 8 Stunden, ca. 1980 / Models: Ellena Borho and Christoph Boland / November 12, 2010, 2010, impression au jet d’encre qualité archives, 56 × 45 cm, avec la permission de la galerie David Zwirner, new york et Londres

The Production Line of Happiness
Whitechapel Gallery, Londres
Du 29 avril au 21 juin 2015

par Fabien Pinaroli

[Extrait]
On le sait depuis longtemps, le bonheur est monté à la chaîne et sa fabrication est artificielle. C’est ce qui est d’entrée de jeu énoncé par le titre de l’exposition The Production Line of Happiness, formule empruntée à Jean-Luc Godard, lui-même inspiré par Raymond Aron, qui qualifiait la société du spectacle de « chaîne de production du bonheur » – et à qui Guy Debord et les situationnistes avaient déclaré la guerre dans les années 1950.

Christopher Williams a été formé à CalArts, en Californie, à la fin des années 1970. Il a intégré les logiques de distanciation et de production réflexive que les artistes conceptuels – ses professeurs – avaient mis en place dix ans plus tôt. Depuis, dans cette période saturée d’images médiatiques et d’injonctions à la consommation, il a produit une oeuvre singulièrement critique, qui hybride l’héritage de l’école de Düsseldorf et les logiques des artistes appropriationnistes de la Pictures Generation travaillant au coeur de la prolifération des images faites par d’autres.

Dans l’exposition figure la photographie d’une Renault Dauphine noire sur fond noir (Model: 1964 Renault Dauphine-Four…), un véhicule en circulation dans les années 1960. L’image est faite en pensant à la lumière et aux profonds noirs barytés d’Edward Weston et à ses très gros plans de coquillages et de feuilles de chou réalisés entre 1927 et 1930, qui donnent à ces morceaux de nature un aspect sculptural et communiquent la vision cosmologique du photographe moderne. Le véhicule que Williams prend comme modèle est renversé sur le côté ; il évoque les barricades dressées par les grévistes en mai 1968 en France, mais la lumière trop artificielle qui baigne cette Dauphine, la perfection toute westonnienne de l’image, si elle est effectivement un hommage à la photographie américaine du groupe f/64, semble couper court à tout rêve d’émancipation…

[Suite de l’article dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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