Gabor Szilasi, Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980 – Zoë Tousignant, De l’émotion dans les archives photographiques

[Hiver 2018]

L’exposition Gabor Szilasi – Le monde de l’art à Montréal, 1960–1980 est présentée au Musée McCord de Montréal du 8 décembre 2017 au 8 avril 2018.

Opening of the Claude Tousignant exhibition at the Galerie Sherbrooke, Montreal, May 1969 / Vernissage de l’exposition de Claude Tousignant à la Galerie Sherbrooke, Montréal, mai 1969

Opening of the Claude Tousignant exhibition at the Galerie Sherbrooke, Montreal, May 1969 /
Vernissage de l’exposition de Claude Tousignant à la Galerie Sherbrooke, Montréal, mai 1969

Par Zoë Tousignant

[Extrait]
Le photographe Gabor Szilasi naît en Hongrie en 1928 et immigre au Canada en 1957. Peu après son arrivée à Montréal, il se met à prendre des photos des nombreux vernissages auxquels lui et sa femme, l’artiste Doreen Lindsay, sont invités. Durant les décennies qui suivront, il photographie ce qui constitue un impressionnant témoignage sur les personnes et les lieux qui ont fait l’histoire de l’art au Québec et au Canada. Même si Szilasi continue de documenter des vernissages jusqu’au début des années 1990, la majeure partie de cette œuvre est constituée de photographies prises dans les années 1960 et 1970. Cet ensemble d’images, constitué de quelque 3600 négatifs 35 mm (photographies prises principalement avec un Leica M4 muni d’un objectif Leitz Summicron 35 mm) est, parmi tous les projets du photographe, celui qui est le plus étroitement lié à sa vie personnelle. Il réussit à saisir les premiers temps de son intégration dans le monde artistique montréalais, un monde qui va devenir son point d’ancrage et son chez soi.

À l’exception de quelques photographies présentées lors de la rétrospective L’éloquence du quotidien1, en 2009, ces archives n’ont jamais été montrées au public, bien que le photographe souhaite depuis les années 1990 (époque où il cessa peu ou prou de photographier les vernissages) s’en servir pour un projet. Lindsay souhaite aussi depuis longtemps que ces photos soient vues ; elle connaît mieux que personne leur place dans l’œuvre de Szilasi et sait l’importance de leur témoignage pour la vie artistique. Dans le monde de l’art, les vernissages sont pour les artistes une rare occasion de sortir de la solitude de leur atelier et de se rassembler. Les photos des vernissages que Szilasi réalise parallèlement aux portraits d’artistes et aux travaux documentaires de commande sur des œuvres d’art fournissent une preuve visuelle – sans équivalent – du sentiment de communauté qui animait les artistes montréalais de cette époque.

Les choses étant ce qu’elles sont, il aura fallu près de vingt ans pour qu’une sélection substantielle de cette œuvre soit tirée et exposée. Entre le moment où elles ont été prises et leur exposition (les plus vieilles ont près de soixante ans), les photos ont acquis une valeur de documents historiques. Puisque la plupart des galeries et des gens qu’on y voit ont disparu, ces photographies jouent le rôle de souvenirs, d’archives, un rôle qui aurait été de moindre importance fussent-elles exposées avant…

1 L’exposition Gabor Szilasi. L’éloquence du quotidien a été conçue par David Harris et réalisée par le Musée d’art de Joliette et le Musée canadien de la photographie contemporaine, à Ottawa. L’exposition a ensuite voyagé à la Kelowna Art Gallery, en Colombie-Britannique, au Musée McCord de Montréal et au Ryerson Image Centre de Toronto.

 
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