Émilie Serri, The Space Between the Seconds – Émilie Serri, À la recherche d’un pays perdu

[Automne 2018]

Par Émilie Serri

[Extrait]
En mars 2017, j’ai traversé le pays en train. À bord du Canadien, j’ai parcouru une distance totale de 8932 km aller-retour pour mettre en mouvement l’écriture de mon mémoire de maîtrise. Pendant huit jours et six nuits, d’est en ouest, puis d’ouest en est, j’ai tenté de donner forme au questionnement identitaire qui habite mon travail.

Pourquoi ce long voyage pour un mémoire qui aurait très bien pu s’écrire depuis le confort de mon canapé ? Pour la simple raison que je voulais que mon écriture soit marquée par le même mouvement, le même déplacement que celui de ma mémoire. Forcer le déplacement pour écrire sur une identité déplacée… Me dépayser pour faire écho à l’expérience d’expatriation de mes parents. Découvrir à travers la fenêtre mon pays de naissance pour réfléchir à mon pays d’origine… Avec le recul, je comprends que sommeillait également un désir de me mettre en scène, de m’incruster dans une histoire et une mémoire ne m’appartenant pas tout à fait, celle d’un pays d’origine inaccessible, la Syrie…

La Syrie : un « ailleurs familier ». Je suis née et j’ai grandi à Montréal, de parents immigrants. Ma mère est Belge, mon père Syrien. Mes parents ne sont pas des ex-ilés ou des réfugiés. Ce sont des ex-patriés. Ils ont tous deux quitté leur pays d’origine volontairement. Je ne suis ni réfugiée, ni exilée, ni expatriée. Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir été déplacée…

En 2010, accompagnée de mon père et de ma sœur, je pars pour la première fois depuis plus de 10 ans à Damas en Syrie, la ville natale de mon père.

Le premier jour, quand je débarque dans cette famille d’« inconnus » dont je ne comprends pas la langue, mon premier réflexe est de m’armer de mon appareil 35 mm. J’appuie alors sur le déclencheur comme si chaque flexion de mon index constituait un début de réponse à mes questions. À travers le viseur, je repère tout de suite ma grand-mère.

Je reconnais son expression, à la fois douce et fière, veillant sur nous depuis la table basse du salon. Son regard m’intimide, mais grâce à l’appareil photo, j’ai la distance nécessaire pour me rapprocher. C’est la première que je photographie…

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