Camerart. L’art du point de vue de la photographie — Pierre Dessureault

[Hiver 2019]

Par Pierre Dessureault

[Extrait]
L’exposition Camerart produite par la Galerie Optica et présentée à Montréal du 16 décembre 1974 au 14 janvier 1975 constitue un moment charnière dans le débat photographie/art au Québec. Si la fin des années 1960 a vu la photographie se tailler une place dans le marché de l’art, les institutions muséales ont procédé avec plus de circonspection. Au niveau canadien, les collections nationales ayant pour mandat de collectionner et de diffuser la photographie canadienne contemporaine, soit le MBAC (à l’époque Galerie nationale du Canada) et le Service de la photographie de l’ONF, s’attachent, pour le premier, à ce que l’on appelait à l’époque la photographie d’art ou creative photography – qui met de l’avant l’autonomie de l’image et la spécificité des protocoles de production du médium – alors que le second, dans le droit fil de la tradition interventionniste héritée de Grierson, s’inscrit dans le courant d’une photographie documentaire qui vient scruter le présent et se voit moins comme le dépositaire d’une collection que comme un agent actif dans la production qu’il diffuse dans un programme d’expositions à sa Galerie de l’Image à Ottawa (inaugurée en 1967) et dans la publication de séries d’ouvrages sur la photographie canadienne.

Du côté montréalais, le MBAM et le MACM privilégient encore largement les formes artistiques traditionnelles, laissant épisodiquement aux productions multimédias et à la photographie une place dans des collectifs thématiques. Signalons au MBAM Montréal plus ou moins conçue en 1972 par Melvin Charney comme un vaste ensemble multidisciplinaire dans lequel photographies, documents de toutes provenances et travaux conceptuels se côtoient pour proposer un regard critique sur la ville. Au MACM, Périphéries organisée en 1974 par Alain Parent fait le tour de la diversité des productions du moment des artistes membres de Véhicule Art. Pour sa part Québec 75, sous la gouverne de Normand Thériault, entend aller au-delà du survol des pratiques individuelles pour offrir un portrait du dynamisme du milieu de l’art qui se fait au Québec. Sans oublier Corridart, organisée à l’occasion des Jeux olympiques de Montréal en 1976, qui faisait une large place à la photographie dans bon nombre d’installations déployées le long de la rue Sherbrooke et qui sera censurée par l’administration municipale…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 31 mai 2019 et sur notre boutique en ligne.]

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