Collection Lazare : États d’âmes, esprit des lieux — Colette Tougas, Portraits de familles avec natures (mortes ou autres)

[Été 2019]

Nicolas Baier, Un après-midi sur de Gaspé, 2004

Nicolas Baier, Un après-midi sur de Gaspé, 2004

Par Colette Tougas

[Extrait]
L’exposition consacrée par le Musée des beaux-arts de Montréal à la collection Lazare visait1, entre autres, à mettre en lumière trente-trois photographies offertes à cette institution par le collectionneur montréalais Jack Lazare. À ces dons se sont ajoutés de nombreux autres clichés prêtés par Lazare, constituant ainsi une impressionnante exposition de plus de quatre-vingt images réalisées par des photographes canadiens et internationaux.

Comme le titre l’annonce, les États d’âmes renvoient à des portraits alors que l’esprit des lieux réunit des paysages et des espaces urbains, réels ou imaginés. Pour accueillir spatialement ces deux aspects de la collection, le Carré d’art contemporain où était présentée l’exposition avait été aménagé de manière à créer trois lieux : d’abord, la grande salle comme telle au centre de laquelle se trouvait une petite galerie (deuxième lieu) dont trois des murs extérieurs étaient occupés par quatre grandes photographies et dont le quatrième devenait le support d’une collection d’épreuves de Julia Margaret Cameron (1815–1879).

C’est avec cette photographe britannique, révélée à Jack Lazare lors d’une exposition à New York en 1999, que sa passion est née ; jusque-là, il avait collectionné des tableaux figuratifs. Marqué par cette découverte, il s’est alors mis à faire l’acquisition non seulement des images de Cameron, mais aussi de celles de grands photographes contemporains et d’importantes figures modernistes des États-Unis.

Les quatorze épreuves à l’albumine de Julia Margaret Cameron sont, en effet, inspirantes. Ces portraits au caractère délicat, quasi mystique, baignent dans une lumière mystérieuse qui sculpte les visages autant que le drapé des vêtements. On comprend pourquoi le collectionneur de peinture a d’abord été attiré par des photographies à la facture si picturale.

L’exposition met en lumière l’œil du collectionneur. Lazare semble avoir privilégié les photographies où priment la mise en scène et la composition, la gestuelle et la poésie, la vie privée et le climat social, ce que réussit à souligner le parcours de l’exposition tracé par la commissaire Diane Charbonneau. Le premier mur de la grande salle, consacré à l’« esprit des lieux », commence par un « paysage industriel fabriqué » réalisé en Chine par le Canadien Edward Burtynsky et se conclut sur deux images de l’Italien Paolo Ventura plantées dans un décor en papier mâché, donc lui aussi fabriqué. Entre ces deux pôles sont déclinées des variations sur le thème de l’espace urbain – intérieurs, façades, rues – superposé, recomposé, transposé…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 13 septembre 2019 et sur notre boutique en ligne.]

1 Note du réalisateur Milo Rau www.the-congo-tribunal.com/film.html#statement. L’intégralité des audiences du tribunal est disponible sur le site www.the-congotribunal.com/hearings.html.

 
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