Kent Monkman, Miss Chief Eagle Testickle – Dayna McLeod, Déranger les conforts coloniaux et titiller les susceptibilités des colonisateurs

[Automne 2019]

Par Dayna McLeod

[Extrait]
Miss Chief Eagle Testickle est la muse et l’alter ego de Kent Monkman, un artiste cri qui traite des conséquences violentes et systémiques du colonialisme sur les peuples autochtones en Amérique du Nord, en particulier au Canada et au Québec. Il se sert souvent de Miss Chief pour saboter avec humour les discours dominants de cette histoire en peinture, photographie, film, installation et performance. Le nom de Miss Chief est une allusion aux fausses (mis-, en anglais) représentations de l’indigénéité, du genre et de la sexualité et les bouscule toutes les trois. Inspiré par We’wha, un leader Zuni bispirituel1 autochtone américain, Monkman a imaginé Miss Chief pour « honorer la tradition de la culture bispirituelle en Amérique du Nord en créant quelqu’un qui pourrait véritablement incarner cette acceptation du genre et de la sexualité présente avant que les missionnaires européens arrivent et entreprennent de l’annihiler2 ». Avec une touche de l’exubérance de Cher, Miss Chief nous guide et tient la vedette dans un récit anticolonial où elle personnifie le genre et l’indigénéité en vivant sa vie rêvée et mettant en scène ses diverses incarnations.

Dans la série de faux daguerréotypes The Emergence of a Legend (2006), Miss Chief se retrouve sous les traits d’un personnage du musée itinérant de George Catlin au XIXe siècle en Europe, d’une actrice de vaudeville des années 1920, d’une starlette de film muet, d’une réalisatrice de cinéma et d’une membre du Wild West Show de Buffalo Bill. Ses imitations de ces époques, styles et stéréotypes sont sans fausse note. Ici, elle vient hanter le jeu et l’histoire du film en s’y insérant. Elle rend hommage aux vedettes autochtones de la scène et de l’écran de ces époques et à leur occupation originale de ces espaces, tout en pointant du doigt l’exotisme et l’indigénéité amplifiés et exagérés qu’elles étaient amenées à interpréter pour des publics blancs sous la direction d’agents tels que Catlin et Buffalo Bill…
Traduit par Frédéric Dupuy

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 17 janvier 2020 et sur notre boutique en ligne.]

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1 Bispirituel ou Two-Spirit en anglais est un mot de portée générale dont l’auteure et enseignante métisse Chelsea Vowel ou Âpihtawikosisân dit qu’il « a été choisi délibérément comme terme générique, un concept typiquement pan-autochtone englobant l’identité sexuelle, de genre et/ou spirituelle ». Elle met toutefois en garde : « Comme il s’agit d’un terme anglais à l’origine, il devient teinté des croyances des colonisateurs ». Voir Chelsea Vowel (Âpihtawikosisân), « Language, Culture, and Two-Spirit Identity », Âpihtawikosisân, 28 jan. 2019, apihtawikosisan. com/2012/03/language-culture-and-two-spirit-identity/.
2 Kent Monkman, « Monkman Lecture Transcription », Agnes Etherington Art Centre at Queen’s, Agnes Etherington Art Centre, 6 fév. 2018, agnes.queensu.ca/wp-content/uploads/2014/08/Monkman-Lecture-Transcription.pdf.