Walid Raad – Sylvain Campeau

[Automne 2016]
Walid Raad, We decided to let them say “we are convinced” twice. It was more convincing this way, 1982/2004, impression au jet d’encre à pigment, 110 × 171 cm, permission de la Sfeir-­Semler Gallery, Beirut/Hamburg

Walid Raad, We decided to let them say “we are convinced” twice. It was more convincing this way, 1982/2004, impression au jet d’encre à pigment, 110 × 171 cm, permission de la Sfeir-­Semler Gallery, Beirut/Hamburg

Institute of Contemporary Art, Boston
Du 24 février au 30 mai 2016

par Sylvain Campeau

[Extrait]
Walid Raad (en arabe وليد رعد) est un artiste né au Liban mais vivant actuellement aux États-Unis, où il enseigne. Il présente à l’Institute of Contemporary Art de Boston1 une exposition déjà offerte au Museum of Modern Art de New York et il le fait à nouveau avec deux corpus distincts, mieux intégrés l’un à l’autre dans la grande galerie ouest de l’édifice au bord de l’eau. Se trouvent ainsi réunis The Atlas Group (1998-2004) et Scratching on Things I Could Disavow (2007- ).

La première série est nourrie par la guerre civile au Liban qui dura de 1975 à 1990. Elle examine les traces laissées par la guerre à travers des témoignages livrés par de supposés témoins. Pour ce faire, Raad a créé l’« A tlas Group », une fondation dont le but avoué était de veiller à « la recherche et la compilation de documents sur l’histoire contemporaine libanaise ». Cette mission l’a ainsi amené à produire ou à localiser, conserver et étudier « des documents visuels, sonores, textuels et autres, qui mettent en lumière l’histoire actuelle du Liban ». Le groupe colligeait les traces de la guerre au Liban, en en faisant des archives pouvant être sauvegardées et mises à la disposition d’éventuels chercheurs. En réalité, cependant, le seul à alimenter cette banque était Walid Raad lui-même, qui se présentait à l’occasion sous l’identité du Docteur Fakhouhi, un personnage décrit comme étant le plus renommé des historiens du Liban. L’artiste a aussi utilisé d’autres avatars pour créer des documents photographiques et vidéographiques relatant des épisodes tout aussi inventés de la guerre, mais toujours crédibles et poignants dans leur excès même.

Ainsi trouve-t-on exposée une série de photos représentant des points d’attaques militaires. Les sites sont littéralement criblés de points de différentes couleurs, montrant les points exacts d’impact des balles. Pour arriver à un tel résultat, Walid Raad a dû ratisser les sites et ramasser toutes ces balles, de façon à être capable de les identifier. Les couleurs sont utilisées pour pouvoir différencier les calibres des projectiles…

1 L’exposition a été organisée sous le commissariat d’Eva Respini (Institute of Contemporary Art, Boston) et de Katerina Stathopoulou (Museum of Modern Art, New York).

 
[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine.]

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