[Automne 2026]
Prendre soin des fantômes de la psychiatrie
par Fanny Bieth
[EXTRAIT]
Paru à la fin de 2025, Traité d’hypocondrie s’inscrit dans le prolongement de la pratique artistique que Nicole Jolicœur développe depuis les années 1980, mêlant photographie, vidéo, texte et installation. L’ouvrage de 74 pages est composé de 35 photographies en couleurs. Deux séries, l’une datant de 1999 et issue des archives de l’artiste, l’autre représentant de petits objets, restes d’atelier, dialoguent avec des locutions courantes qui scandent les quatre parties de l’ouvrage. La gamme chromatique du livre, dominée par le gris des pages et le rose poudré des écrits, est désaturée, comme voilée. Ce cadre crée une atmosphère douce, qui rappelle celle des archives du 19e siècle, dont les images traversent depuis ses débuts le travail de Nicole Jolicœur : c’est le papier et l’encre qui ont pâli avec les années, c’est le voile du papier de soie qui permet de conserver et protéger les photographies.
Avec Traité d’hypocondrie, Nicole Jolicœur revisite le traité de médecine. Le titre de l’ouvrage est directement inspiré du Traité des passions hypocondriaques et hystériques (1711) du philosophe et médecin d’origine néerlandaise Bernard Mandeville. Contrairement à sa cousine plus célèbre, l’hystérie (étroitement associée au corps des femmes), l’hypocondrie ne s’inquiète pas du genre du sujet. Dans ce contexte, elle n’est pas le syndrome que l’on connaît aujourd’hui, caractérisé par des préoccupations excessives du sujet sur son état de santé, mais une forme de maladie dépressive attribuée à un mauvais fonctionnement des organes situés dans les hypocondres, soit les régions de l’abdomen situées sous le diaphragme, derrière les côtes flottantes : principalement, le foie, la rate et l’estomac. Le déséquilibre de ces organes expliquerait le supposé désordre psychique du sujet. Cette notion historique, aujourd’hui désuète, forme donc le cadre conceptuel de l’ouvrage.
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[ Numéro complet, en version papier et numérique, disponible ici : Ciel variable 133 – INTIMITÉS ]
[ L’article complet en version numérique est disponible ici : Prendre soin des fantômes de la psychiatrie ]
Formée à l’École des beaux-arts de Québec et diplômée de l’Université Rutgers (New Jersey), Nicole Jolicœur
a enseigné pendant trente-cinq ans à l’Université Laval puis à l’UQAM. Depuis les années 1980, elle élabore une pratique de l’installation photographique et textuelle, mettant en perspective discours et contextes autour des représentations de sujets féminins. Elle a exposé au Québec, au Canada, en Angleterre, en France et aux États-Unis. Ses œuvres font partie de collections publiques et privées, dont celles du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée des beaux-arts du Canada et du Musée-Château d’Annecy. www.nicolejolicoeur.com
Fanny Bieth est autrice et doctorante en histoire de l’art à l’UQAM, spécialisée en études photographiques. Ses recherches portent sur les rapports entre la psychiatrie et les médiums photo et cinématographiques. Elle est responsable de l’édition de la revue Captures.

