Une « saison photo » au MNBAQ : quelle photographie au musée ? – Pierre Dessureault

[Printemps-été 2015]
Geneviève Cadieux, La Fêlure, au choeur des corps, 1990. Épreuves chromogènes sur bois / chromogenic prints on wood, 225 x 659 cm. Collection MNBAQ, permission de / courtesy of Galerie René Blouin, photo : MNBAQ, Patrick Altman

Geneviève Cadieux, La Fêlure, au choeur des corps, 1990. Épreuves chromogènes sur bois / chromogenic prints on wood, 225 x 659 cm. Collection MNBAQ, permission de / courtesy of Galerie René Blouin, photo : MNBAQ, Patrick Altman

Par Pierre Dessureault

[Extrait]
« La querelle qui s’est développée, au cours du XIXe siècle, entre peinture et photographie, quant à la valeur artistique de leurs productions respectives, nous paraît aujourd’hui abstruse et confuse »1.

Est-ce à dire que cet énoncé de Walter Benjamin datant des années 1930 clôt définitivement le débat et que dorénavant la photographie trouve naturellement sa place dans les musées ? C’est cette question que soulève la « Saison photo » présentement en cours au Musée national des beaux-arts du Québec, laquelle propose trois expositions aussi disparates que le reportage réalisé au Québec en 1950 par la photojournaliste américaine Lida Moser, qu’une sélection de photographies de personnalités en vue réalisées par la vedette rock Bryan Adams et qu’un ensemble d’œuvres tirées de la collection du Musée.

Moser. À l’été 1950, le magazine Vogue commande à la photographe new-yorkaise Lida Moser 2 un reportage sur le Canada 3. Dès son arrivée à Montréal, elle rencontre Paul Gouin, conseiller culturel du premier ministre Duplessis, qui l’introduit dans les milieux culturels montréalais et l’invite à l’accompagner dans une tournée qui les mènera à Québec, à l’île d’Orléans, dans Charlevoix, en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent en compagnie de l’écrivain Félix-Antoine Savard et de l’ethnologue Luc Lacourcière.

Le reportage de Moser se présente selon les canons du genre : une trentaine de photographies réparties sur six pages sont accompagnées de courts textes qui s’attachent à une vision impressionniste et convenue du Canada. La moitié des photographies retenues par les rédacteurs portent sur le Québec et l’essentiel du sujet est constitué de portraits de personnalités canadiennes auxquels se greffent quelques vues du Nouveau-Brunswick et du Québec ainsi que quelques traces d’urbanité entrevues à Toronto et à Hull. Bien que produit selon les règles de l’art, le reportage de Moser ne se démarque, ni par sa forme, ni par sa démarche, de la production de l’époque…

1 Walter Benjamin, « L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique », dans Sur la photographie, Arles, Éditions Photosynthèses, 2012, p. 173.
2 1950. Le Québec de la photojournaliste américaine Lida Moser, exposition produite par le Musée national des beaux-arts du Québec et présentée au MNBAQ du 19 février au 10 mai 2015. Commissaire : Anne-Marie Bouchard.
3 « Canada: The Enticing Neighbor with a Faintly Foreign Air. Photographed by Lida Moser », Vogue (éd. américaine), 15 mai 1951, p. 70-75.

 
[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]

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