Bertrand Carrière, Tout ceci est impossible — Sylvain Campeau, Le temps est impossible

[Été 2019]

Bertrand Carrière, D’après Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959) de la série / from the series Les Images-noires, 2018 impression au jet d’encre / inkjet print, 76 × 101 cm.

Bertrand Carrière, D’après Hiroshima mon amour (Alain Resnais, 1959) de la série / from the series Les Images-noires, 2018 impression au jet d’encre / inkjet print, 76 × 101 cm.

Par Sylvain Campeau

[Extrait]
Les relations que Bertrand Carrière entretient avec le cinéma ne datent pas d’hier. Avant de s’affirmer comme artiste, il a été photographe de plateau. Ainsi, il a pu réaliser et accumuler un certain nombre d’images. Mais il ne faudrait pas y voir le seul résultat d’une pratique professionnelle qui impose un cadre et des limites à la création d’images. En marge de cette pratique, il a choisi de se livrer à des portraits de cinéastes et même d’aller, en pur badaud presque, sur des sites de tournage pour nourrir sa soif d’images. Ce sont des exemples, nombreux, de cette série qui ornent les murs de la salle Luce-Guilbeault, à la Cinémathèque québécoise1, dans ce qui forme une sorte de salle d’attente et de hall d’entrée aux salles de projection. On y retrouve des images produites en marge des tournages, montrant Jean-Luc Godard, Jane Birkin, Pierre Falardeau et Sami Frey.

Ce sont plutôt dans les Images-temps, série de 1997–2000, qu’il faut chercher une référence et un précédent à ce qu’il a décidé de faire quand il a été invité en résidence à la Cinémathèque. Comme d’autres avant lui, il est allé inspecter les archives du lieu, à la recherche d’images et de films pouvant l’émouvoir et le mobiliser. Son choix s’est d’abord porté sur le film noir, porté par un héros désespéré, englué dans une situation qui le dépasse et dont il ne connaît pas toujours tous les enjeux. Peut-être sont-ce les atmosphères, les clairs-obscurs, les éclairages expressionnistes, les espaces restreints où se meuvent les protagonistes qui séduisent Bertrand Carrière. La première section de son exposition, dans la salle MacLaren, y est consacrée. Il est vrai qu’il y a quelque chose d’intensément photographique dans ces productions. Ainsi, dans Images-noires, apparaissent des images de films connus : The Maltese Falcon (John Huston, 1941), On the Waterfront (Elia Kazan, 1954), North by Northwest (Alfred Hitchcock, 1959), Psycho (1960), The Birds (1963), The Third Man (Carol Reed, 1949). Ce qu’il y a là d’inusité, cependant, et qui nous ramène aux Images-temps qui exploitaient la même technique, c’est qu’elles sont parfois montrées non pas en photogrammes singuliers, issus de la trame du film, mais en un extrait allongé de cette trame, montrant le film même avec les images se succédant les unes aux autres…

[Suite de l’article et autres images dans les versions imprimée et numérique du magazine. En vente partout au Canada jusqu’au 13 septembre 2019 et sur notre boutique en ligne.]

1 L’exposition Bertrand Carrière : Tout ceci est impossible a été présentée à la Cinémathèque québécoise du 6 décembre 2018 au 3 février 2019.

 
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