[Automne 2026]
Retour en eaux libres
par Jill Glessing
[EXTRAIT]
L’eau peut être régénératrice, en particulier quand elle circule librement dans les océans ou s’écoule, impétueuse, dans le lit des rivières. C’est l’effet que j’ai ressenti, assise devant un lac Ontario quelque peu agité, avant d’entrer, à quelques pas de là, dans la galerie accueillant l’exposition de Lucy Raven, Murderers Bar. Son installation vidéo raconte l’histoire, grâce à diverses technologies d’animation de l’image, de la libération d’un cours d’eau auparavant perturbé, le fleuve Klamath dans l’ouest des États-Unis, par son enfermement derrière une énorme structure de béton qui entravait son débit. Œuvre sur la démolition du barrage et le renouveau du fleuve, Murderers Bar était présentée, pertinemment, à la Power Plant : ancienne « centrale électrique » au charbon, le bâtiment d’origine a été construit à la même époque que les barrages du Klamath et pour la même raison, soit la fourniture d’énergie pour des villes coloniales en expansion.
Artiste multidisciplinaire new-yorkaise, Raven est éclectique dans ses expérimentations esthétiques et visuelles. Ses explorations dans les technologies photographiques et cinématographiques historiques et contemporaines empruntent les chemins du divertissement grand public, de l’art d’avant-garde ou encore de la recherche scientifique et militaire. Pour elle, ces initiatives ne relèvent pas d’un dilettantisme aléatoire, mais, au contraire, d’un lien étroit avec ses sujets de prédilection – « la transformation matérielle, la pression, la force et les cycles de violence » –, particulièrement en ce qui a trait à la colonisation de l’ouest des États-Unis, où elle a grandi.
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[ Numéro complet, en version papier et numérique, disponible ici : Ciel variable 133 – INTIMITÉS ]
[ L’article complet en version numérique est disponible ici : Retour en eaux libres ]
Jill Glessing écrit sur l’art et la politique et vit à Toronto.

