BNLMTL 2014 : L’avenir (looking forward) – Louis Cummins, Géopolitique et stratégies institutionnelles

[Printemps-été 2015]
Thomas Hirschorn, Touching Reality, 2012. Image fixe tirée d’une vidéo muette / still image from a silent video, 5 min. Permission de / courtesy of Galerie Chantal Crousel, Paris.

Thomas Hirschorn, Touching Reality, 2012. Image fixe tirée d’une vidéo muette / still image from a silent video, 5 min. Permission de / courtesy of Galerie Chantal Crousel, Paris.

Par Louis Cummins

[Extrait]
En invitant des artistes tels que Lawrence Weiner et Krzysztof Wodiczko, deux pionniers de l’art conceptuel qui, dès la fin des années 1960, ont su allier art et militantisme social, les commissaires de la Biennale de Montréal 2014 ont clairement campé leur position1 : l’art qu’on a décidé de montrer n’est pas celui qui se réfugie dans l’exploration des différentes possibilités formelles d’un médium, ni celui qui se présente comme une réflexion ironique ou critique sur le modernisme et ses institutions, ni celui pour qui les enjeux sociaux de l’art portent essentiellement sur les questions identitaires, ni celui qui fait l’apologie de la société de consommation ou qui en fait la critique, et encore moins celui pour qui les pratiques consistent à explorer les méandres de l’inconscient à la recherche d’un soi profond et tourmenté. Même les pratiques émergentes comme l’art sonore et les installations immersives ont été écartées au profit de la vidéo « narrative » et des installations « didactiques » qui tiennent un discours explicite sur le monde et ses possibles. D’emblée, on a cherché à montrer des oeuvres qui tentent d’agir sur lui (comme on disait dans les années 1960 et 1970) tout en se demandant ce qui peut maintenant advenir. Pour les commissaires, il s’agissait donc de faire valoir des pratiques artistiques qui se positionnent dans le présent en regardant vers l’avenir, ce qui peut prendre plusieurs formes, certaines pratiques étant plus optimistes, alors que d’autres sont plus cyniques, certaines plus personnelles, d’autres plus collectives, d’autres encore plus transcendantales, certaines incitant à l’action, d’autres à la réflexion. Quoiqu’il en soit, on a cherché à montrer comment l’art pouvait transformer le monde et, dans cette visée, comment des pratiques, forcément locales et éphémères, pouvaient avoir une incidence plus globale.

Dans la perspective d’un repositionnement éventuel de Montréal comme l’un des lieux internationaux de l’art contemporain, la synergie qui a été créée entre le Musée d’art contemporain et la Biennale de Montréal ainsi que la participation de différents organismes dédiés à la diffusion de l’art et de la culture 2 confirment que la collaboration entre différentes institutions est parfois préférable à la compétition potentiellement stérile qui s’installe trop souvent entre elles. L’édition de 2014 de la Biennale représente à cet égard un succès significatif en tirant parti de l’unification des ressources, et ce, au moment où le changement de garde à la direction des deux institutions laisse présager un renouvellement souhaitable et bienvenu des perspectives et des orientations artistiques montréalaises…

1 Du 22 octobre 2014 au 4 janvier 2015, la Biennale de Montréal 2014 était présentée au Musée d’art contemporain de Montréal ainsi que dans divers sites partenaires. Peggy Gale, commissaire indépendante autrefois liée à l’institution torontoise Art Metropole, et Gregory Burke, ancien directeur de The Power Plant à Toronto, en ont conçu le projet initial. En 2013, Lesley Johnstone et Mark Lanctôt se sont joints à l’équipe de départ après que le Musée d’art contemporain de Montréal eut décidé de saborder son propre projet de Triennale québécoise. Sylvie Fortin, la directrice artistique de la Biennale de Montréal, s’est ajoutée à l’équipe après que Nicole Gingras eut donné sa démission.
2 VOX, la Fonderie Darling, SBC, Parisian Laundry, l’Arsenal, le Musée des beaux-arts de Montréal, le Quartier des spectacles et quelques autres sites moins attendus.

 
[Suite de l’article dans la version imprimée et numérique du magazine.]
 
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